dimanche 7 avril 2013

Introduction

Neuf mille soixante-quinze kilos de viande sont consommés chaque seconde dans le monde selon la FAO (Organisations des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture) soit environ treize vaches par seconde (ou six mille cinquante poulets). C'est un fait : le monde mange beaucoup de viande, et de plus en plus. En cinquante ans, la consommation de viande dans le monde a quintuplé.
On oublie souvent, et on nous pousse à le faire, que la viande provient d'animaux. Le nombre d'animaux d'élevage sur terre a bien évidemment explosé. Les élevages deviennent de plus en plus grands pour pouvoir contenir ces nombreux animaux.

Comment nourrissons-nous alors tous ces animaux ? Quelle quantité d'eau consomment les animaux ? Il faut par exemple entre 13 000 et 100 000 litres d'eau pour produire un kilo de viande de bœuf ! D'où vient alors cette grande quantité d'eau ?
Les animaux sont vivants, ils peuvent donc tomber malade. Comment soigne-t-on les animaux que nous mangeons ? Les substances utilisées ont-elles une influence sur l'environnement ?
Les déjections des animaux sont elles aussi de plus en plus nombreuses. Comment s'en débarrasse-t-on ?
Quel est alors l'impact de l'élevage sur l'environnement ?

Dans notre sujet, nous nous intéressons à l’élevage industriel d'animaux à des fins alimentaires. Les animaux sont élevés pour leur chair, leur lait et leurs œufs. Ici, nous parlerons des bovins, des ovins et des volailles, mais pas des poissons car leur cas est un peu plus particulier. L'environnement désignera la Terre en général (air, eau, terre...) mais aussi la faune et la flore.

Tout d'abord, nous retracerons le chemin des différents aliments donnés aux animaux depuis leurs terres de production jusqu’à leur arrivée dans les mangeoires industrielles. Ensuite, nous étudierons le conditionnement des animaux et les soins qui leur sont donnés. Après cela, nous nous intéresserons aux déchets que l'élevage produit, par exemple les déjections d'animaux ou encore les déchets d'abattoir ainsi que leurs répercussions sur l’environnement.


 
I Nourrir les élevages
            A) L'alimentation
          1. Que mangent les animaux que nous mangeons ?

        Une volaille qu'on laisse en liberté mange ce qu'elle trouve, c'est-à-dire des graines, des racines, certaines feuilles (herbes, oseille, salade) des vers et invertébrés du sol, des insectes (fourmis, moustiques...) et des petits cailloux qui servent à broyer la nourriture. La volaille est donc omnivore. Le porc en liberté est lui aussi omnivore.
Les bovins et les ovins, quant à eux, mangent originellement des végétaux de toutes sortes trouvées dans leur milieu naturel : ils sont herbivores.

       La demande de plus en plus importante de viande, de lait et d’œufs, a amené un changement radical dans l'alimentation des animaux d'élevages, dans le but d'accroître la productivité. Dans l'élevage actuel, les éléments nutritifs privilégiés sont ceux qui accélèrent la croissance des animaux, qui les engraissent rapidement, et qui sont relativement bon marchés.
En tête sur le marché actuel de l'élevage : le soja. C’est une des plantes les plus riches en huile et en protéines, elle fournit un bon compromis pour fournir à la fois des acides aminés et l’énergie dont l’animal a besoin. Les tourteaux notamment, représentent une grande partie de ce qui est ingéré par l’animal. Le tourteau est un sous-produit des graines de soja, de tournesols ou de colza. C’est le résidu solide riche en protéines obtenu après l’extraction de l’huile des graines. Le plus utilisé est le tourteau de soja car, comparativement, il offre le plus grand nombre de protéines et surtout, il est moins cher.
          Les animaux consomment de nombreuses autres céréales comme du maïs, des pois, du blé, mais le soja a peu à peu occulté ces solutions par sa forte rentabilité.
On peut aussi donner du fourrage aux ruminants. Les fourrages peuvent être consommés directement (dans une prairie par exemple) ou en ensilage qui est la conservation du fourrage humide. Le principal avantage du fourrage est qu’il est l’un des aliments qui provoquent le moins de risques sanitaires étant donné qu’il représente l’aliment naturel de base des ruminants. Cependant, sa proportion dans l'alimentation des ruminants diminue car son ingestibilité, c'est-à-dire sa capacité à être consommé par l'animal, est faible. En comparaison, un ruminant mangera moins si on lui donne seulement du fourrage que si on lui donne uniquement des aliments concentrés. Ainsi, l'engraissement se fait moins vite, et c'est la raison pour laquelle l'élevage ne l'utilise que peu.
         Par le passé, les farines animales, qui présentent un taux en protéines nettement supérieur aux farines végétales, étaient le principal composant de l'alimentation animale. Peu après la crise de la vache folle en 1996, les farines animales ont été interdites car elles pouvaient être un vecteur de la propagation de cette maladie transmissible à l'homme.
         Récemment, l'Union Européenne a réintroduit les farines animales dans la pisciculture, mais envisage aussi son retour dans l'élevage terrestre, sous quelques conditions : les farines devront provenir de morceaux non consommés par l’homme (pour des raisons principalement esthétiques), bien que consommables (comme les pieds de porcs par exemple) et le cannibalisme sera interdit entre les familles d’animaux. De plus, les farines provenant de ruminants seront mises de côté, à cause du risque de transmission d'Encéphalopathies Spongiformes Transmissibles (EST). Les EST sont des maladies attaquant le système nerveux de l'organisme malade : la vache folle, la tremblante du mouton et la maladie de Creutzfeldt-Jakob en sont des exemples.
          La critique faite à cette progressive réintroduction concerne la traçabilité des farines : la provenance de la farine ne sera jamais connue avec certitude. En d'autres termes, personne ne pourra savoir de façon sûre si telle ou telle farine provient de ruminants, de porcs ou d'autres animaux.

       On estime ainsi qu'un tiers des céréales produites dans le monde sont utilisées pour nourrir les animaux d'élevage. Par ailleurs, pour produire un kilogramme de viande, il faut environ 16 kilogrammes de céréales.

          1. D'où viennent ces aliments ?

        Comme nous avons pu le voir précédemment, le soja est la principale source de protéines végétales pour le bétail. Ainsi, on estime qu’il faut plusieurs milliers de tonnes de soja pour nourrir l’ensemble du bétail français pendant un an. Or, à peine 1% des besoins des élevages européens en soja sont couverts par la production locale, le reste est donc importé.
C'est ainsi que 85% du soja importé provient d’Amérique du Sud. Cela représente des quantités astronomiques : environ 5 millions de tonnes de soja sont importées chaque année en Europe.
Figure n°1 : Provenance des importations françaises de tourteaux de soja en 2010

Source : Chiffres du commerce extérieur, Direction générale des douanes
        Visuel : http://consultants-naturels.fr/                                                         

         La figure n°1 ci-dessus représente la proportion de différents pays dans l'exportation du soja vers la France. On constate que plus de la moitié des tourteaux est importée d'Amérique du Sud, et que les trois pays d'Union Européenne ne représentent que 15,71 % des importations. La dépendance de la France vis-à-vis du soja est donc indéniable.
           Les pays d'Amérique du Sud qui produisent le soja, c'est-à-dire le Brésil, le Paraguay et l'Argentine, dépendent beaucoup de ces exportations vers l'Europe. Par exemple, la moitié des terres cultivables d'Argentine est utilisée pour produire du soja.
       Les autres céréales peuvent être produites en Europe car elles ne nécessitent pas de climat particulier, contrairement au soja.
Le fourrage, lui, est souvent cultivé par les éleveurs eux-mêmes. Par exemple, en France, le fourrage de maïs est cultivé sur 3,2 millions d’hectare. Le pâturage est aussi une activité qui préserve les paysages en évitant un débordement de broussailles.

          Le soja, aliment le plus utilisé, est aussi celui dont l'origine est la plus lointaine. L'émission de gaz à effet de serre durant le transport est très importante. Les éleveurs qui ne dépendent pas de l'extérieur, même sans soja, sont aussi très rares.

          1. Comment sont-ils cultivés ?

       Les cultures nécessitent de l'espace, et en Amérique du Sud, elles remplacent des parcelles jusqu'ici vierges d'activités humaines, telles que des forêts primitives. En Argentine, en 6 ans, 800 000 hectares ont été défrichés au profit des cultures de soja. Ces déforestations libèrent du dioxyde de carbone jusqu'ici contenus dans les arbres et altèrent la biodiversité car les espèces vivant dans la forêt ne peuvent survivre.
         De plus, le soja produit en Amérique du Sud est un Organisme Génétiquement Modifié (OGM) qui possède la capacité de résister aux glyphosates et aux sulfates, des pesticides contenus dans le Round Up. En Argentine, les agriculteurs épandent, souvent par avion, un million de pesticides par an pour faire pousser du soja. Les conséquences sont remarquables : les hommes qui habitent à proximité des cultures souffrent d'infertilité, de problèmes hormonaux et des morts précoces surviennent. Les sols sont altérés, et après une culture de soja transgénique d'environ 5 ans, ils deviennent stériles. Les producteurs sont donc amenés à changer d'emplacement, entraînant ainsi une dégradation successive des surfaces cultivables ou défrichées d'Argentine.
       Pourtant, une loi argentine interdit la déforestation, mais les producteurs obtiennent des autorisations ministérielle qui bafouent cette même loi.
La situation est similaire dans tous les pays producteurs de soja d'Amérique du Sud.
          En France et en Union Européenne en général, si les OGM sont interdits, les pratiques agricoles ne sont pas sans impact sur l'environnement. Les monocultures de maïs ou d'autres céréales ne respectent pas la biodiversité et les producteurs utilisent là aussi beaucoup de pesticides.
On constate donc que les moyens de production des aliments destinés aux animaux d'élevage sont vecteurs de pollution pour les eaux et les sols, et qu'ils menacent la biodiversité.


B) L'eau
          1. Quelle quantité d'eau faut-il pour chaque animal ?

        L'eau est un élément indispensable pour tous les organismes vivants. Dans l'élevage, la gestion de l'eau est très importante car le grand nombre d'animaux nécessite une quantité d'eau conséquente.

       C'est dans les élevages bovins laitiers que la quantité d'eau pour chaque animal est la plus impressionnante : une vache laitière boit entre 68 et 155 litres d'eau par jour. En sachant que le nombre moyen de bovins dans un élevage est de 90 en 2010 en France, cela fait entre 6120 et 13 950 litres d'eau par jour pour un unique élevage. Un bœuf boit de 15 à 55 litres d'eau par jour.
       Les autres animaux, plus petits, consomment moins d'eau, mais sont également souvent élevés en plus grand nombre, notamment les volailles. Une truie peut boire jusqu'à 30 litres, un porc en moyenne 10 litres d'eau par jour car il ne s'occupe pas des porcelets. Le mouton a une consommation d'eau très irrégulière en fonction de sa race et de son alimentation (sèche ou non) mais il consomme entre 4 et 12 litres par jour environ. Les volailles sont donc les animaux qui nécessitent le moins d'eau : de 200 à 500 ml par jour voire plus pour les gros oiseaux comme les oies, par exemple. Cependant, un élevage de poules peut compter jusqu'à 45 000 animaux, ce qui augmente considérablement la quantité d'eau utilisée.

          Le besoin en eau dans l'élevage ne se résume pas à la quantité consommée par chaque animal. En effet, il faut penser à l'eau utilisée pour faire pousser les céréales données à l'animal, mais aussi à l'eau utilisée pour diluer les polluants après cette utilisation. Pour prendre en compte ces quantités, le Water Footprint Network (Empreinte sur l'eau en français) a classé l'eau utilisée en élevage en trois catégories, les suivantes :
- l'eau bleue est le volume d'eau prélevée dans les eaux de surface. Elle est utilisée pour abreuver les animaux, irriguer les cultures fourragères et transformer le produit final (viande ou lait) dans l'industrie alimentaire.
- l'eau grise est le volume nécessaire pour diluer l'eau polluée à cause des activités sus-nommées. L'objectif est de rendre de nouveau l'eau conforme à la réglementation.
- l'eau verte est l'eau de pluie contenue dans les champs qui produisent les céréales donnée aux animaux.
En totalisant ces volumes, on arrive à ces chiffres, représentés dans la figure n°2 suivante :

Figure n°2 : - source chiffrée : Water Footprint Network (www.waterfootprint.org)
- visuel : Éthique & animaux (www.l214.com)                                      
 
       On remarque que le besoin en eau pour produire un kilogramme de viande, de produit laitier ou d’œufs est nettement supérieur à celui nécessaire à la production d'un kilogramme de végétal. Par exemple, on constate que la production d'un kilogramme de viande de bœuf consomme 15 500 litres d'eau contre 700 litres pour un kilogramme de pommes.
      Cependant, cette figure doit donner un ordre d'idée seulement, car les chiffres qu'elle utilise sont critiquables. En effet, comptabiliser l'eau verte dans le volume total d'eau nécessaire n'est pas justifié car cette celle-ci n'est pas déviée de son cycle naturel de dépôt et d'évaporation. En revanche, la méthode de comptabilisation des volumes d'eau étant la même pour tous les aliments, la nette différence entre la consommation d'eau respective des produits d'élevages ou non est bien réelle.
        Les produits de l'élevage nécessitent énormément d'eau par rapport aux autres aliments consommés par l'homme. Les chiffres sont difficiles à évaluer mais la différence est tout de même significative.

          1. D'où vient alors toute cette eau ?

       L'eau utilisée peut venir des nappes phréatiques, et dans ce cas, elle est, sauf exception, déjà potable. Sinon, l'eau peut venir de sources apparentes, par exemple d'une rivière, auquel cas elle est traitée avant utilisation par une station d'épuration. Très souvent, cette eau est celle du réseau public, mais certains éleveurs construisent leur propre station d'épuration.

          1. Comment l'eau est-elle amenée sur le site de l'élevage ?

      En fonction du nombre d'animaux, et donc de la taille de l'élevage, la consommation d'eau n'est évidemment pas la même. Lorsque la consommation annuelle est supérieure à 1000 m3, une réglementation s'impose : c'est la loi sur l'eau. Sinon, la loi considère que l'usage est domestique et il n'y a pas de règles particulières.
     L'objectif de cette loi est de préserver la qualité de l'eau en évitant sa pollution, mais aussi de limiter sa consommation et de la distribuer en conciliant les besoins de l'agriculture, de l'industrie, de la pêche, de production d'énergie, etc.
    La principale méthode d'approvisionnement en eau des élevages, le forage, est donc très réglementée. Un forage prélève l'eau directement dans les nappes phréatiques, à la surface de la terre. En France par exemple, la profondeur des nappes phréatiques peut varier entre environ 3 et 100 mètres ou plus.
        Une autre méthode d'approvisionnement en eau peut être l'utilisation du réseau public. Son avantage est de ne pas nécessiter la surveillance de la potabilité de l'eau car l’État s'en charge. Mais la consommation importante d'eau, et par conséquent le prix de l'eau, dissuadent les grands éleveurs.

       Pour réaliser un forage, l'éleveur doit monter un dossier qui détermine sa consommation d'eau. La loi sur l'eau peut alors s'appliquer. Cependant, le point commun à tous les forages est le positionnement. La figure n°3 suivante récapitule les distances réglementaires d'implantation d'un forage d'eau en France en 2004.


Figure n°3: Chambre d'agriculture du Var (www.ca83.fr)

       Le forage doit se placer à un minimum de distance de structures polluantes qui pourraient contaminer l'eau. L'eau doit en effet être potable pour les animaux d'élevage. Ainsi le forage ne peut pas se trouver à proximité directe des bâtiments d'élevages : il faut au minimum 35 mètres d'écart entre les deux. De même, les zones où l'on épand le lisier doivent se situer au minimum à 50 mètres du forage. Ces deux activités polluantes concernent l'élevage même alors que les autres sont dues aux activités humaines diverses telles que l'agriculture, le stockage des déchets et le traitement des eaux usées.
      L'implantation d'un forage est compliquée, mais une fois implanté, l'entretien de la structure est primordiale. Tous les dix ans au minimum, le forage doit être vérifié, et une analyse annuelle de l'eau brute (eau tirée des nappes phréatiques) doit être effectuée pour mesurer les changements bactériologiques et chimiques. De plus, des dispositifs anti-fuite et de non-retour sont mis en place pour éviter la perte d'eau et la pollution des nappes phréatiques.
    Cependant, il existe des dérogations aux réglementations, notamment pour les distances d'implantation des forages, et on constate que dans certaines parties d'Europe, la profondeur des nappes phréatiques diminue à cause d'une consommation d'eau trop importante par rapport à la régénération de la nappe phréatique par les eaux de pluie. Ce phénomène, le surpompage, est un problème que la loi française, par exemple, essaye d'éviter.

     Malgré toutes les réglementations, les risques de pollution, de gaspillage d'eau et d'énergie pour amener l'eau aux animaux sont très importants et les nombreuses dérogations peuvent mettre en péril les nappes phréatiques, et tout le réseau d'eau (lac, rivière...) d'un pays.

II Soigner et faire grandir les élevages

           A) Le conditionnement

            1. Comment sont élevés les animaux ?



      Il existe plusieurs types d'élevage, et leurs différences se concentrent sur la façon dont sont organisées les cages ou les lieux.

      L'élevage en batterie existe en France pour les volailles et les lapins, parfois aussi pour les porcelets et les veaux. Le principe est simple : pour prendre moins de place, on empile des cages où sont concentrés des animaux. A titre d'exemple, une poule a pour se déplacer un espace de la taille d'une feuille A4 (soit 21x29,7 cm) environ et deux lapins peuvent se partager une cage d'une largeur d'environ 25 cm. Ces données varient d'un élevage à l'autre, mais l'élevage en batterie est caractérisé par cet espace très réduit.

       Il existe également l'élevage en bâtiments. Les animaux sont alors tous ensemble dans un hangar. L'espace donné à chaque animal est à peu près le même que pour l'élevage en batterie, mais le plafond est moins bas et les oiseaux peuvent s'ébattre vaguement plus.

        L'élevage en « plein air » laisse aux animaux un accès à l'extérieur. Le fait est, que cet accès peut être très restreint. Ainsi, l'extérieur n'est plus la belle prairie que l'on imagine, mais plutôt un terrain boueux où se concentrent encore une fois tous les animaux. De plus, l'accès peut être limité à quelques heures par jour uniquement.

        L'élevage dit « hors-sol » est quant à lui caractérisé par son indépendance totale par rapport à l'agriculture locale, c'est-à-dire que l'éleveur n'utilise pas de terres locales pour produire la nourriture de ses animaux.



            1. La propagation des maladies.



          Les conditions décrites ci-dessus affaiblissent les animaux et permettent une rapide propagation des maladies. En effet, la forte concentration d'êtres vivants favorise l'insalubrité: les cages (dans le cas de l'élevage en batterie) sont continuellement sales et des bactéries ou moisissures peuvent se développer sur les déjections des animaux. De plus, un animal malade n'est presque jamais repéré et la maladie qui le touche peut se transmettre facilement à tous ses voisins. Les cages ne sont désinfectées qu'une fois l'animal parti à l'abattoir.

           Sans parler des maladies dues aux virus et aux bactéries, les animaux souffrent de mille et un maux. Les poules en batterie s'écorchent les pattes sur les grilles qui leur servent de sol alors que les truies se blessent avec les barreaux de leurs cages. La figure n°4 montre des truies en cage de « gestation ». Par manque de place et de muscles, les truies peuvent à peine se coucher. La raison ? Quand elles ont trop de place, elles « écrasent leur porcelet ».



Truies en cage de gestation

Figure n°4 : Le bulletin des agriculteurs (http://www.lebulletin.com/)


Ainsi, les animaux sont facilement malades et affaiblis dans ces conditions.




         B) Le soin



                                             1. Comment prévenir les maladies ?



         La prévention serait bien évidemment possible, en gardant une surveillance plus que draconienne sur tous ces êtres vivants, et en assurant une meilleure hygiène aux cages et structures. Le problème est bien le nombre important d'animaux dans si peu d'espace : la prévention est presque impossible.

           En réalité, il existe une sorte de prévention qui est très critiquée. Certains éleveurs donnent en effet des antibiotiques à titre préventif pour tous leurs animaux. La consommation d'antibiotique devient alors énorme, et cela n'est pas sans conséquence.



                                               2. Comment traiter les maladies ?



        Ce sont les antibiotiques qui sont les plus utilisés. Dès qu'un seul animal est malade (une poule sur 45 000 par exemple), tous les autres doivent être traités car le contact est étroit entre tous les animaux d'un bâtiment d'élevage. On peut ainsi diluer l'antibiotique dans l'eau servie à tous les animaux.



                                                3. Évolution des bactéries



            L'utilisation souvent abusive des antibiotiques dans les élevages est très controversée.

En effet, en plus des répercussions qu'elle pourrait avoir sur l'homme s'il ingère des antibiotiques donnés aux animaux, elle donne lieu à un phénomène d'évolution inquiétant mais tout à fait normal. Lorsque l'on utilise un antibiotique, souvent, on tue les bactéries qui provoquent ou favorisent la maladie que l'on veut traiter. Le problème, c'est quand une bactérie est naturellement résistante à l'antibiotique. Bien sûr, elle survit, puis se reproduit, contrairement à toutes les autres qui sont mortes. Sa descendance possède la même résistance qu'elle et peut ainsi se multiplier sans subir l'effet de cet antibiotique précis. Bientôt, l'antibiotique n'est plus efficace et les animaux souffrent ou meurent de la maladie.

             Il faut alors trouver un autre antibiotique auquel la bactérie n'est pas résistante. En résumé, on « sélectionne » les bactéries résistantes à un antibiotique.

L'utilisation massive des antibiotiques peut inquiéter les hommes car, si ces derniers sont au contact eux aussi avec cette bactérie « devenue » résistante, alors, il n'existera plus d'antibiotique pour les soigner.



           Ainsi, l'eau utilisée pour nettoyer les bâtiments peut être contaminée par ces bactéries résistantes, qui vont alors se propager, et qui pourront être amenées à rencontrer les humains.



          C) La croissance

                                1. Comment grandissent les animaux que nous mangeons ?



          Dans l'élevage, il faut gagner du temps. Les animaux ont une croissance naturellement trop lente, et pour l’accélérer, l'élevage industriel a trouvé de nombreux moyens.

         Tout d'abord, l'alimentation est chargée de protéines qui favorisent la croissance. Mais ici encore, les antibiotiques jouent un rôle très importants : ils font grossir les animaux. Bien qu'interdits pour cette utilisation en Europe depuis 2006, la quantité d'antibiotiques utilisée augmente. Alors, est-ce pour doper la croissance ou pour prévenir des maladies ?

         Les hormones de croissance ont été utilisées, mais ont été interdites dans toute l'Union Européenne dès 1996 car elles représentent un danger certain pour l'homme. L'exportation de viande d'animaux traités aux hormones est elle aussi interdite.


III Déchets de l'élevage
               A) Déchets lors de l'élevage
                                         1. Comment se débarrasse-t-on du lisier ?

          Le lisier est un déchet qui contient des déjections des animaux (urine et excrément) avec très peu de litière. Lorsque la litière est en quantité importante, on appelle cela du fumier. Le lisier est caractéristique de l'élevage hors-sol.
         Ces deux déchets ne sont pas des polluants tels que nous l'entendons habituellement. Ils servent en effet d'engrais dans les champs. Le lisier contient entre autres du phosphore, de l’azote et du potassium, ce qui fait de lui un bon fertilisant. Il est épandu à l’aide d’une grande cuve montée sur roue, la tonne à lisier.
           Cependant, en quantité trop importante, il est nocif pour l'environnement. Le lisier peut être dangereux lorsque les plantes ne peuvent absorber tous les nitrates qu'il contient. Ainsi, s'il pleut, l'eau emmène avec elle les nitrates qui peuvent se retrouver dans les nappes phréatiques ou dans les rivières. Là, les nitrates provoquent l'eutrophisation de l'eau, c'est-à-dire que l'eau est trop concentrée en éléments nutritifs. Des micro-algues pullulent alors et empêchent aux autres êtres vivants de se développer correctement en consommant l’oxygène normalement capté par les poissons ou les autres végétaux. A terme, le manque d’oxygène va entraîner leur mort.. De plus, l'eau eutrophisée n'est plus potable.
           Mais l'épandage excessif est aussi dangereux pour les plantes elles mêmes : la première conséquence visible, va être l’affaiblissement des plantes dû à l’accroissement anormal des cellules, et ensuite, cela va entraîner une prolifération de certains végétaux (orties, lentilles d’eau, …) et la disparition d’autres, qui vont contribuer à la raréfaction des insectes et oiseaux les consommant.
         L'épandage est donc un moyen de se débarrasser du lisier, mais en petite quantité et lorsque la période est pluvieuse, il doit être stocké avant d'être épandu, pour éviter le phénomène précédent. Il existe ainsi des fosses de stockage : on creuse un énorme trou dans le sol et on y met le lisier. Aux États-Unis, ces mares peuvent dépasser les 11 000 m² et atteignent 10 m de profondeur.
Le problème du lisier est donc bien la quantité : « Actuellement, un élevage porcin industriel moyen produit chaque année 3200 tonnes de lisier, un élevage de poulets de chair 2900, et un élevage de bétail 155 000. » (Jonathan Safran Foer, Cf Bibliographie) En tout, les élevages aux États-Unis produisent 130 fois plus de déchets que la population humaine du pays.

       Ainsi, les eaux sont facilement polluées par toutes les toxines contenues dans le lisier car le sol et les plantes ne peuvent retenir tous les nitrates. En Allemagne par exemple, l'eau a un taux de nitrates de 50 milligrammes par litre à l'état naturel. Dans certaines zones actuelles, ce taux passe à 184,9 mg/L. Les directives européennes qui posent un seuil de tolérance ne sont plus respectées. Mais les fosses de stockage ne sont pas la solution car elles émettent des gaz dangereux pour l'environnement et la santé humaine.

                                        2. Autres déchets dus aux animaux.

       Ce phénomène-ci est plus connu : les animaux produisent des gaz. Les ruminants, tout particulièrement.
           En effet, lors de la digestion, des bactéries symbiotiques digèrent la cellulose et l'amidon contenu dans l'herbe pour la transformer en énergie directement consommable par la vache. Cette fermentation se passe dans le rumen (premier estomac des ruminants) et produits des gaz (dioxyde de carbone et méthane, entre autres) qui sont éliminés lorsque l'animal produits des rots. On dit alors qu'il éructe. Une vache éructe ainsi 180 kg de méthane par an, alors qu'un mouton n'en produit que 8. Les vaches sont donc responsables de 75 % des émissions d'origine animale.
         Or, le méthane est un gaz à effet de serre très important. Il absorbe en effet 23 fois plus de rayonnement infrarouge émis par la Terre que le dioxyde de carbone. Les rayons absorbés ne peuvent plus s'échapper de l'atmosphère et contribuent donc au réchauffement climatique. Les ruminants sont à l'origine de 16% de l'émission totale de méthane.

        Par conséquent, l'élevage intensif d'animaux ruminants a une influence bien réelle sur le réchauffement climatique et la pollution des eaux.

          B) Déchets dus à l'abattage
                                      1. Quels sont les déchets de l'abattage ?

           Lors de l'abattage des animaux, de nombreux déchets sont produits.
Les carcasses d'animaux malades sont écartées, ainsi que de nombreux produits qui ne sont impropres à la consommation humaine. Les contenus des tubes digestifs, ainsi que les matières d'origine animales recueillies après le traitement des eaux d'abattoir ne sont pas consommables, ni pour les humains ni pour d'autres animaux.
         En revanche, les parties saines d'un animale mais jugées impropres à la consommation humaine comme les peaux, sabots, cornes, plumes, laine ou encore le sang des animaux (autres que ruminants) sont « valorisables ».

                                2. Comment ces déchets sont-ils éliminés/utilisés ?

         Les déchets valorisables sont transformés en des farines utilisées dans l'alimentation des animaux de compagnies ou pour l'élevage lui-même, car des farines animales sont données à certains animaux d'élevage. (Cf I Nourrir les élevages)

          Les déchets impropres à toutes consommation sont parfois dangereux car ils peuvent provenir d'animaux suspectés d'Encéphalopathies Spongiformes Transmissibles (EST)et la crise de la vache folle a rendu les précautions plus importantes. Qu'en fait-on alors ? Ces déchets sont incinérés dans de grandes structures. Actuellement, des recherches sont faites pour améliorer le traitement de ces déchets car il produit beaucoup de dioxyde de carbone, et n'est pas très utile. De nouvelles structures proposent par exemple une réduction de la consommation de combustible fossile et/ou une valorisation énergétique par production de vapeur et d’eau chaude, voire d’électricité ou de froid.

     Les déchets de l'élevage peuvent être valorisés mais la plupart sont uniquement incinérés, ce qui nécessite l'utilisation d'énergie fossile et participe à l'émission de gaz à effet de serre comme le dioxyde de carbone.




Conclusion



       Cela ne peut plus faire aucun doute : l'élevage a un impact considérable sur l'environnement.

L'alimentation des animaux contribue à l'augmentation de la concentration en gaz à effet de serre avec le transport des aliments et la déforestation. Cette dernière entraîne aussi une diminution irréversible de la biodiversité. La consommation d'eau dans l'élevage est stupéfiante, et elle favorise la diminution des nappes phréatiques et l'assèchement en général, ce qui peut bouleverser des écosystèmes.

        La façon dont sont traités les animaux est consternante et les nombreuses substances qui leur sont données peuvent se retrouver dans l'eau. Les bactéries deviennent résistantes aux antibiotiques que les hommes utilisent, ce qui peut amener à une catastrophe sanitaire.

       De plus, les déchets de l'élevage sont nombreux. Le lisier pourrait être totalement épandu sans conséquence pour l'environnement, mais il en existe en telle quantité que les plantes ne peuvent plus absorber les nitrates qui se retrouvent dans les eaux, qui par conséquent s'eutrophisent. La biodiversité est alors diminuée par des micro-algues qui consomment tout l'oxygène disponible. Les déchets de l'abattage, lorsqu'ils ne sont pas valorisés, sont incinérés et produisent des gaz à effet de serre, tout comme les ruminants qui éructent.

     Tous ces effets cumulés ont une influence néfaste sur l'environnement (biodiversité, eau) et contribuent au réchauffement climatique par émission de gaz à effet de serre.



       Comment alors diminuer l'impact qu'a l'élevage sur l'environnement ? Différentes recherches sont en cours et concernent l'éructation des vaches ou la valorisation des déchets d'abattoir. Mais à l'échelle de l'élevage, cela n'est pas grand chose et le fond du problème n'est pas réglé.

       Des élevages plus respectueux de l'environnement existent déjà : ils sont plus petits et n'importent ni n'exportent car leur réseau est local. On les appelle « élevages raisonnés ». Cependant, ils ne peuvent suffire à une demande toujours plus importante en viande bon marché. Réduire sa consommation de viande, n'est-ce pas un acte minime compte tenu des conséquences qu'a l'élevage intensif ?





A lire :
- Fabrice Nicolino. Bidoche, l'industrie de la viande menace le monde.
- Jonathan Safran Foer. Faut-il manger les animaux ?

A voir : 
- Doit-on encore manger des animaux ? Diffusion sur Arte en France le 27/03/2012.
(http://www.arte.tv/fr/doit-on-encore-manger-des-animaux/6449596.html)
- Marie-Monique Robin. Argentine, le soja de la faim.
- Erwin Wagenhofer. We Feed the World









mercredi 19 décembre 2012

Plan détaillé

I Nourrir les élevages

A) L'alimentation

1. Que mangent les animaux que nous mangeons ?

*PAT (protéines animales transformées) :
-Farines animales (2001 : interdiction totale des farines animales dans l'UE). Recherches faites sur certaines farines animales à base de porc et de poulet qui pourraient être réintroduites dans l'alimentation des animaux d'élevage.
(2011 : réintroduites dans l’alimentation des porcs, volailles et poissons ) A vérifier !
-Farine de poisson (pour les porcelets)
*maïs
*protéagineux (pois, féveroles et lupin)
*légumineuses à graines (pois chiches, lentilles, vesces)
*oléagineux (soja, tournesol) Voir : tourteau de soja
*blé, orge, avoine, grit, sorgho, sarrasin (pour poules)

*Quantités
- 10 kg d'alimentation végétale pour produire un kilo de bœuf
- 4 à 5,5 kg de grains pour un kilo de porc
- 3 kg de grains pour produire un kilo de viande de volaille
Beaucoup de céréales pour les animaux = moins de céréales pour les hommes

2. D'où viennent ces aliments ?

*85% du soja importé par l'UE vient d'Amérique du Sud
*USA
*protéagineuses : en UE
*la production de soja par l'Europe à 25 ne couvre que 1% des besoins des élevages européens et l'ensemble des productions riches en protéines végétales (pois, colza...) ne couvre aujourd'hui que 22% des besoins.

Donc : le transport = CO² émis.

3. Comment sont-ils cultivés ?

*soja OGM + pesticides (encore plus qu'habituellement car les plantes sont résistantes) dans des parcelles encore vierges (déforestation)
*pesticides pour les cultures non OGM

= Appauvrissement de la terre
= Destruction écosystème
= Pollution des eaux et des terres
= Déforestation

B) L'eau

1. Quelle quantité d'eau faut-il pour chaque animal ?

Vache : environ 100L d'eau/jour
Porc : environ 10L d'eau/jour
Volaille : environ 200mL d'eau/jour
Tout cela à multiplier par le nombre d'animaux et le nombre de jours qu'ils vivent

Résultats : (en comptant l'eau utilisée pour les aliments)
1kg de viande bovine : 15500 L d'eau
1kg de viande porcine : 4800 L
1kg de volaille : 3900 L
Et 1000L pour 1L de lait !

= produits animaux nécessitent énormément d'eau = gaspillage

2. D'où vient alors toute cette eau ?
*de rivière et de lacs

= Assèchement donc destruction écosystème
= Nappes phréatiques toujours plus profonde

3. Comment est-elle amenée sur le site de l'élevage ?
*système de pompe, de barrage, de détournement de cours d'eau

=nécessite énergie

II Soigner et faire grandir les élevages

A) Le conditionnement

1. Où sont installés les animaux que nous mangeons ?
*lieu à indiquer (Parler d'Hausmann) = périphérie

2. Comment sont-ils élevés ?
*animaux confinés (moins de place = plus de rendement)
3. La propagation des maladies
*très rapide à cause des conditions sus-citées

B) Le soin

1. Comment prévenir des maladies ?
*animaux trop tassés : pas de prévention possible mais utilisation d'antibiotiques

2. Comment traiter les maladies ?
*antibiotiques pour tous dès un seul cas de maladie

3. Accoutumance des bactéries et des virus aux antibiotiques
*bactéries deviennent résistantes : problème pour les animaux ET l'homme
= Eau contaminée

C) La croissance

1. Comment grandissent les animaux que nous mangeons ?
*hormones (interdites en certains endroits du globes)
*rôles des antibiotiques dans la croissance (bien qu'interdit dans cette utilisation)
2. Les hormones de croissance et leurs effets
- Effets
*cancer des organes génitaux chez l'homme ? Animaux déformés aux os cassés (croissance trop rapide)
- Normes
*interdites en UE (même les importations de viandes d'animaux traités aux hormones)

III Déchets de l'élevage

A) Déchets lors de l'élevage
1. Comment se débarrasse-t-on du lisier ?
*épandage massif = pollution des sols et des eaux
2. Autres déchets dus aux animaux
*gaz (méthane éructé lors de la digestion des ruminants) = gaz à effet de serre

B) Déchets dus à l'abattage
1. Quels sont les déchets de l'abattage ?
*abats, contenus de tubes digestifs, animaux malades
2. Comment ces déchets sont-ils éliminés / utilisés ?
*incinération = CO²

Ouverture :
Nos besoins alimentaires
Exemples de solutions au niveau individuel :
  • Végétarisme et dérivés
  • Élevage raisonné à taille humaine


Conclusion